Le Protozoaire Mutant Egocentré 

Les cours élémentaires de biologie cellulaire nous enseignent que les protozoaires sont les organismes unicellulaires possédants, entres autres, un noyau, des mitochondries, un cytoplasme, des ribosomes,.., mais, malgré les recherches les plus avancées, aucune trace d’intelligence, même à un stade embryonnaire, n’a jamais été décelée contrairement au protozoaire mutant que la Nature, ou le « grand Architecte » selon les croyances, a doté de trois neurones. 

 

Le premier neurone lui a permis de prendre conscience de son altérité, le second lui a permis d’accéder à la connaissance de la règle fondamentale qui régit le monde du vivant: manger ou être mangé. Enfin, le troisième, s’appuie sur des connaissances acquises par les des deux premiers pour son plus grand bénéfice: manger un maximum avant d’être soi-même mangé. 

 

C’est ce dernier neurone qui confère au protozoaire mutant le caractère égocentré. L’évolution s’est malheureusement arrêtée ici car pour atteindre le stade supérieur, celui qui ouvre la voie de l’empathie, c’est-à-dire, la compréhension que la souffrance est universelle et que nous appartenons à un grand tout (Schopenhauer, A), il lui aurait fallu au moins un quatrième neurone.. 

Dommage, me direz-vous, mais bon, voilà, c’est comme ça!

 

Du coup, il faut savoir que lorsque les besoins immédiats du protozoaire mutant égocentré sont comblés, il peut accéder, dans certaines circonstances très particulières (match à la télé ou, mieux,   au stade, dancing, bistrot, tribune politique,..) à une forme de béatitude bovine. Il se sent bien, assez satisfait de lui, et donc, à priori, il n’y a pas de raison qu’il en aille autrement pour le reste du monde. 

 

Ainsi, nul besoin de se poser des questions telles que: « mon action porte-t-elle préjudice à quelqu’un? De fait, si je marche sur les pieds de mon voisin et qu’il pousse un cris de douleur, déjà, qu’avait-il à se trouver sur mon passage, pas vrai? ». L’idée même que son comportement pourrait porter préjudice à autrui lui est totalement inaccessible, ou alors, avec une aide extérieure et une matraque pour expliquer. Cet état homéostatique est, chez le protozoaire mutant égocentré, rigoureusement stable dès lors que le troisième neurone n’identifie aucun signe d’un début de processus du deuxième principe qui serait, ce coup ci, à son désavantage. 

 

 

Une bonne partie des sapiens, autant le savoir, n’a jamais vraiment dépassé ce stade. Raison pour laquelle, sans doute, dès la création des premières communautés humaines, il a été nécessaire, afin d’éviter une anarchie totale, d’établir des règles dont le Code d’Hammurabi est sans doute l’une des formes les plus primitives. Aujourd’hui, nous avons toute une série de codes et de lois, parfois même très élaborés; par exemple: le Code civil, le Code pénal, le Code de la route, les règles du Monopoly, .. 

Le fait est que, même dans les sociétés dites « évoluées », il n’est pas rare de trouver, auprès d’un certain nombre d’individus, la résurgence d’une forme d’atavisme typique du protozoaire mutant égocentré.